Route des Grandes Alpes : Du Léman à la Méditerranée à vélo
Statistiques d'activité
La Route des Grandes Alpes, c’est l’un des itinéraires ultimes à vélo : plus de 700 km au cœur des Alpes françaises, des rives du lac Léman jusqu’à la Méditerranée à Nice. Seize cols, six jours, et quelques-unes des montées les plus célèbres du cyclisme. On l’a parcourue en juillet 2025.
On est arrivés à Thonon-les-Bains la veille au soir, après avoir roulé depuis La Clusaz où on s’était retrouvés. Un petit tour en ville, puis direction le fameux marquage au sol du départ officiel — on voulait le voir tranquillement avant le grand jour, pas juste le survoler au petit matin. Après ça, dîner tôt et une bonne nuit de sommeil. Les six jours à venir allaient l’exiger.
Résumé
| Jour | De → À | km | D+ | D- | Cols |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Thonon-les-Bains → Le Grand-Bornand | 120,7 | 3 017 | 2 508 | 3 |
| 2 | Le Grand-Bornand → Bourg-Saint-Maurice | 97,8 | 2 746 | 2 841 | 3 |
| 3 | Bourg-Saint-Maurice → Saint-Michel-de-Maurienne | 124,5 | 2 341 | 2 435 | 1 |
| 4 | Saint-Michel-de-Maurienne → Guillestre | 123,4 | 3 346 | 3 087 | 3 |
| 5 | Guillestre → Saint-Étienne-de-Tinée | 94,6 | 2 886 | 2 704 | 2 |
| 6 | Saint-Étienne-de-Tinée → Nice | 164,8 | 3 084 | 4 229 | 4 |
| Total | 725,8 | 17 420 | 17 804 | 16 |
Jour 1
Thonon-les-Bains → Le Grand-Bornand
120,7 km | 3 017 m D+ | 2 508 m D- | 3 cols
Photo de départ au même endroit que la veille, et on prend la route vers 8 heures du matin. Le plan initial prévoyait de commencer par le Col du Feu, mais à l’intersection un panneau indiquait qu’il était fermé. On avait un itinéraire alternatif prévu par le Col des Gets, mais on a décidé de plutôt faire le Col de Joux Plane — l’option la plus dure, mais on trouvait que c’était une meilleure idée. Les premiers kilomètres tapent fort avec des pourcentages élevés, mais c’est une vraiment belle montée, et la descente de l’autre côté est encore meilleure. On arrive à Samoëns pour déjeuner dans un petit café sympa. Puis un autre petit col juste pour passer de l’autre côté de la vallée, et ensuite le vrai temps fort de la journée : le Col de la Colombière. Peut-être l’un des cols les plus difficiles de tout le voyage — beaucoup de dénivelé, très long. Mais on savait qu’une fois au sommet, il n’y aurait plus qu’à descendre et arriver au Grand-Bornand, où on a passé la nuit.

Notre premier gros morceau improvisé. L’ascension via le Col de Ranfolly offre des pourcentages à deux chiffres soutenus dans les derniers kilomètres qui ne laissent aucun répit. Dur dès les premiers kilomètres, mais la descente valait chaque coup de pédale.

Un petit col de liaison entre Samoëns et la vallée de l’Arve. Rien de dramatique, mais une respiration bienvenue entre les deux grosses ascensions de la journée.


Le véritable temps fort de cette première journée — et peut-être l’un des cols les plus durs de tout le parcours. Le versant nord depuis Le Reposoir est régulier et panoramique, à travers les alpages. Après le sommet, il ne restait plus qu’à se laisser glisser jusqu’au Grand-Bornand pour la nuit.



Jour 2
Le Grand-Bornand → Bourg-Saint-Maurice
97,8 km | 2 746 m D+ | 2 841 m D- | 3 cols
Le temps est un peu couvert le matin, mais ça s’améliore au fil de la journée. On fait le Col des Aravis, on descend, puis le Col des Saisies. On arrive à Beaufort pour un arrêt rapide, déjeuner, avant de commencer la dernière montée vers le Cormet de Roselend. C’est là qu’on rencontre un autre cycliste, lui aussi prénommé Jeremy — on fait une bonne partie de la montée avec lui jusqu’au sommet. Comme la veille, la descente est vraiment belle, tout le long jusqu’à Bourg-Saint-Maurice où on passe la nuit. On s’offre une petite bière pour fêter les deux premiers jours.
Un début en douceur avec une belle récompense — le Mont Blanc occupe tout l’horizon au sommet. Court, panoramique, et une bonne manière d’entrer dans la journée.

La plus longue montée de la journée, mais avec des pentes clémentes. Une route vallonnée à travers la campagne du Beaufortain, plus faux-plat que véritable mur.


L’une des plus belles montées des Alpes. L’approche finale vers le lac turquoise du barrage est inoubliable — et c’est ici qu’on a trouvé un compagnon de route pour l’après-midi. La descente vers la Tarentaise qui suit est rapide et grisante.



Jour 3
Bourg-Saint-Maurice → Saint-Michel-de-Maurienne
124,5 km | 2 341 m D+ | 2 435 m D- | 1 col
Une seule grosse montée cette journée, mais la grosse — l’un des points les plus hauts du voyage. On fait une bonne partie de l’ascension avec le Jeremy qu’on avait rencontré la veille. Très longue montée, en passant par les stations célèbres de Val d’Isère et Tignes. On croise même des cyclistes pros à l’entraînement — voitures d’équipe garées dans les virages, on se serait cru au Tour de France. Ça ne l’était pas, bien sûr — probablement une équipe en stage.
Après le Col de l’Iseran, une très longue descente jusqu’à Bonneval-sur-Arc, où on s’arrête pour boire un coup. On savait qu’après ce serait une longue descente douce jusqu’à la fin — encore pas mal de kilomètres, et on pensait que ça allait être tranquille. Avec le vent de face, c’était en fait assez pénible et ça a pris bien plus longtemps que prévu. On arrive à Saint-Michel-de-Maurienne le soir, juste avant le dîner.
Le plus haut col routier des Alpes à 2 770 m. Après Val d’Isère, la route s’élève au-dessus de la limite des arbres dans un monde d’altitude austère. On a partagé la route avec des pros à l’entraînement, leurs voitures d’équipe garées dans les virages — on se serait cru au Tour de France, mais ce n’en était pas un.




Jour 4
Saint-Michel-de-Maurienne → Guillestre
123,4 km | 3 346 m D+ | 3 087 m D- | 3 cols
Jour quatre — le gros jour. Le fameux Col du Galibier et le Col d’Izoard juste après. On savait que ça allait être probablement la journée la plus dure, le plus de dénivelé — deux grosses montées, voire trois si on compte le Col du Télégraphe juste au début. Pas le temps de s’échauffer, on démarre à quelques mètres de Saint-Michel et on grimpe directement.
Le Col du Télégraphe — tout s’est bien passé. Puis une petite descente vers Valloire, et de là le fameux Col du Galibier. On arrive au sommet un peu avant midi. On décide de descendre un peu plus loin dans la vallée avant Briançon pour manger des crêpes à midi. Après le déjeuner, on continue la descente vers Briançon, et c’est là que la montée vers le Col d’Izoard commence.
Ce jour-là il faisait vraiment, vraiment chaud. On commençait à galérer, alors on a pris une pause dans la montée parce que c’était juste trop chaud. Mais dans l’après-midi, vers 16h30, on a réussi à atteindre le sommet. Puis descente, et un bout de plat à faire pour arriver à Guillestre où on passe la nuit. On va manger au restaurant le soir, et on se repose pour le lendemain.
Pas le temps de s’échauffer. Le Col du Télégraphe démarre presque immédiatement à la sortie de Saint-Michel-de-Maurienne — 12 km réguliers, et tout s’est bien passé. Mais il précède directement le Galibier, donc la gestion de l’effort compte.


Le col emblématique. Au-dessus de 2 000 m, le paysage s’ouvre complètement — roche nue, air raréfié, et le célèbre monument à Henri Desgrange au sommet. On y arrive un peu avant midi, puis on redescend un peu plus loin dans la vallée avant Briançon pour des crêpes.



Ce jour-là il faisait vraiment, vraiment chaud — on commençait à galérer et on a dû s’arrêter en pleine montée juste parce qu’il faisait trop chaud. On arrive au sommet vers 16h30. La Casse Déserte côté sud — des cheminées de roche érodées dans les éboulis orangés, l’un des paysages les plus surréalistes du cyclisme.


Jour 5
Guillestre → Saint-Étienne-de-Tinée
94,6 km | 2 886 m D+ | 2 704 m D- | 2 cols
Le lendemain commence avec beaucoup de nuages, et la météo n’a pas l’air terrible — on dirait qu’il va pleuvoir. On attaque la montée vers le Col de Vars, mais on suivait une trace qu’on avait trouvée en ligne sur le site officiel et elle nous a envoyés dans des culs-de-sac. On a grimpé plus que ce qu’on aurait dû et perdu du temps le matin. On est revenus presque au point de départ et on a pris la route officielle vers le Col de Vars, où la pluie nous a rattrapés. Après ça, il a plu presque toute la journée.
On a dû s’arrêter au Col de Vars pour se réchauffer un peu avec un café et un pain au chocolat, et essayer de sécher avant la descente. La descente était belle — un bel endroit — mais très mouillée. Arrivés au croisement pour La Bonette, on a décidé de monter directement. On savait que ça allait être long et aussi le point le plus haut de tout le voyage, à plus de 2 800 mètres d’altitude. Il pleuvait, mais heureusement ça s’est pas mal calmé pendant la montée, ce qui était bien apprécié. On a dû s’arrêter juste avant la fin pour manger un petit sandwich et recharger les batteries, puis on a réussi à atteindre le sommet — la Cime de la Bonette.
On n’a pas trop traîné parce qu’il commençait à faire très sombre, même si on était encore en plein après-midi. Heureusement c’était l’étape la plus courte en kilomètres, mais on avait encore toute la descente à faire. Il pleuvait comme vache qui pisse, il faisait super froid — même avec toutes les couches c’était glacial. Mais bon, je savais que c’était la descente, et qu’après on pourrait sécher et se réchauffer en arrivant au village en bas. On est arrivés à Saint-Étienne-de-Tinée un peu plus tôt que les autres jours, du coup on a pu regarder la fin de l’étape du Tour de France du jour. On est allés dîner, on a acheté des provisions pour le lendemain, et on a eu plus de temps pour récupérer un peu.
Une longue montée régulière depuis la vallée de la Durance — du moins ça aurait dû l’être, si la trace GPS du site officiel ne nous avait pas envoyés dans des culs-de-sac d’abord. Une fois sur la bonne route, des pourcentages constants à travers les forêts cèdent la place aux alpages. Au sommet, un café et un pain au chocolat pour se réchauffer et sécher un peu avant la descente.
Le point culminant de tout le parcours à plus de 2 800 m. On a décidé de monter directement depuis le croisement. Il pleuvait, mais heureusement ça s’est calmé pendant l’ascension. On s’arrête juste avant la fin pour un sandwich et recharger les batteries, puis on pousse jusqu’au sommet.





Jour 6
Saint-Étienne-de-Tinée → Nice
164,8 km | 3 084 m D+ | 4 229 m D- | 4 cols
Dernier jour. On savait que ça allait être un long morceau — le plus long en distance — et quatre cols à passer, ce qui allait faire pas mal. On commence par une descente lente et régulière à 40–50 km/h de moyenne — une bonne façon d’entrer dans la journée. Puis le Col Saint-Martin. Après une petite descente, on traverse la vallée qui avait été dévastée par les inondations quelques années plus tôt.
Ensuite le Col de Turini. Arrivés en haut, arrêt rapide pour déjeuner. Probablement l’un des plus beaux cols du voyage, et la descente est à la hauteur — virages en épingle et panoramas à chaque tournant.
Après ça, encore un col avant Menton — le Castillon, le plus court. Expédié rapidement. La descente vers Menton, c’était déjà presque comme si on avait fini — la mer était juste là. Pendant un instant, on s’est dit que c’était bon, qu’on avait terminé. Mais non — il restait encore un col. Le Col d’Èze, cette petite montagne entre Menton et Nice. On pensait que ça allait être facile, mais avec le trafic c’était en fait assez pénible. Pas le top au début, en essayant de sortir de Menton. Un peu plus haut, c’était déjà mieux.
Le Col d’Èze était le dernier col, et ensuite descente complète sur Nice. On est arrivés vers 19 heures et on est allés directement à la mer pour un bain. Beau temps, soleil encore chaud, et une vraie satisfaction d’avoir bouclé le voyage sans le moindre pépin — juste une journée difficile sous la pluie. Au départ on n’était pas sûrs de le faire en six ou sept jours, mais on avait choisi six pour avoir le temps après d’aller voir le Tour de France, qui commençait juste deux jours plus tard. On est contents d’avoir fait ce choix.
La première montée du dernier jour, à travers les forêts tranquilles du Mercantour. Une route ombragée et paisible après les cols exposés et détrempés de la veille.

Célèbre comme spéciale du Rallye de Monte-Carlo, et probablement l’un des plus beaux cols de tout le voyage. Arrêt rapide pour déjeuner au sommet. La descente est tout aussi belle — lacets serrés à travers la forêt.


Le plus court avant Menton — expédié très vite. La mer était déjà juste là.
Le dernier col de la Route des Grandes Alpes — cette petite montagne entre Menton et Nice. On pensait que ça allait être facile, mais c’était en fait assez long à cause du trafic. Pas le top au début en essayant de sortir de Menton. Un peu plus haut en altitude, c’était déjà mieux.



Les chiffres
| Distance totale | 725,8 km |
| Dénivelé positif total | 17 420 m |
| Dénivelé négatif total | 17 804 m |
| Cols franchis | 16 |
| Jours | 6 |
| Point culminant | 2 802 m (Cime de la Bonette) |
| Départ | Thonon-les-Bains (Lac Léman) |
| Arrivée | Nice (Méditerranée) |
En résumé
Et voilà, c’est la fin de cette Route des Grandes Alpes — six jours, du lac à la mer. Tout s’est bien passé : pas de problème mécanique, pas de vrai contretemps, juste de la route. Une expérience superbe du début à la fin.
Avec du recul, c’est fou de se dire qu’on a parcouru autant de kilomètres en si peu de temps. Ayant déjà fait la traversée des Alpes à pied — quinze jours de randonnée à travers à peu près les mêmes massifs — ça fait un peu bizarre de refaire un trajet similaire mais sur les routes, et tellement plus vite. Rien que les descentes, c’est un autre monde en vélo.
Côté météo, on a eu de la chance dans l’ensemble, même si on a goûté à un peu de tout. Grosse chaleur le jour du Galibier et de l’Izoard, une journée de pluie complète le lendemain, et une fin un peu plus fraîche que les moyennes de saison avec une vague de froid qui commençait à s’installer. Mais à part cette journée difficile, les conditions étaient de notre côté.
Pas de crevaison, pas de casse, rien. Juste la route, les cols, et la simplicité de voyager léger en vélo avec presque rien comme bagages. Difficile de faire mieux comme sentiment de liberté.