Zugspitze : Randonnée jusqu'au Toit de l'Allemagne
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La Zugspitze — 2 962 mètres, le point culminant de l’Allemagne 🇩🇪. Le plan était simple : y monter et en revenir depuis Garmisch-Partenkirchen en une seule journée, à pied, par la classique vallée du Reintal. Plus de 44 kilomètres, près de 2 700 mètres de dénivelé positif, et pas de téléphérique. Juste les jambes et l’entêtement.
Avant l’aube
Réveil vers 4 h du matin pour attraper le premier bus jusqu’à l’Olympia-Skistadion, le tremplin de saut à ski en bordure de ville qui marque aussi le départ du sentier vers les montagnes. Traverser les rues de Garmisch dans le noir ne semblait pas être la façon la plus palpitante de commencer, alors le bus nous a permis d’aller directement là où ça devient intéressant.
Un peu avant 5 h 40, nous étions en route. Pas de temps à perdre — l’objectif était de faire l’aller-retour complet en une journée, et on savait déjà par les chiffres que ça allait être long. Un peu plus qu’un marathon en distance, avec une montagne par-dessus le marché.
Le détour de la Partnachklamm
Le sentier commence en douceur, en direction de l’entrée de la Partnachklamm — des gorges spectaculaires creusées par la rivière Partnach, longues de plus de 700 mètres et profondes de plus de 80 mètres par endroits. Mais il y a un hic : les gorges sont payantes et n’ouvrent qu’à 8 h en été. Attendre deux heures n’était pas envisageable.
Heureusement, un sentier alternatif grimpe par-dessus la crête au-dessus des gorges, puis redescend de l’autre côté. Ça ajoute environ 100 mètres de dénivelé dans chaque sens — pas grand-chose à l’échelle de la journée, mais pas non plus la partie la plus motivante. Sachant qu’on devrait refaire ce détour au retour, c’était un peu déprimant.


La vallée du Reintal
Un panneau juste après les gorges nous informait aimablement que la Zugspitze était à 10 heures de marche. Ce qu’il ne mentionnait pas, c’étaient les 10 heures pour revenir.

Une fois les gorges dépassées, le sentier s’installe dans une longue montée régulière le long d’une large piste forestière à travers la vallée du Reintal. Le Reintal est l’un des paysages de vallée les plus impressionnants et les plus préservés des Alpes bavaroises — une large vallée glaciaire où coule la Partnach, bordée de part et d’autre par les parois imposantes des Wetterstein.


Premier arrêt à la Bockhütte, un petit refuge à mi-chemin dans la vallée. Une pause rapide, quelques gorgées d’eau, et on repart.
Le sentier continue de monter, toujours en pente douce, jusqu’à la Reintalangerhütte à 1 366 mètres un peu avant 9 h — le refuge principal de la vallée, géré par la section munichoise du Club alpin allemand (DAV). Il y avait alors davantage de monde : des randonneurs ayant passé la nuit au refuge et qui démarraient leur journée. On les rattrapait, alors qu’on était partis des heures plus tôt depuis la ville.


Un panneau au refuge déconseillait de boire l’eau de la rivière — des troupeaux de moutons paissent dans les alpages en fin d’août, et l’eau de ruissellement peut être contaminée. On a fait le plein au robinet du refuge et continué notre route.
Dans le monde alpin
Au-dessus de la Reintalangerhütte, le caractère du sentier change. La forêt se raréfie, le sol devient plus rocheux, et les parois de la vallée se resserrent. La pente s’accentue nettement tandis que le chemin serpente vers le bord du Zugspitzplatt — le vaste plateau karstique qui s’étend sous le sommet.

Nous avons atteint la Knorrhütte à 2 052 mètres un peu après 10 h, le dernier refuge avant le sommet. Construit en 1855, il est perché sur le rebord où le plateau bascule dans la vallée, avec des vues dégagées dans toutes les directions. À ce stade, nous dépassions de plus en plus de randonneurs ayant dormi dans les refuges — un flot continu de gens allant dans la même direction.

Le mur
Et puis est venu le dernier tronçon. Depuis le Zugspitzplatt, le sommet se dresse comme un mur. On voit les gens devant soi, minuscules silhouettes progressant sur une pente interminable de pierriers et de petites roches instables. Le sol bouge sous les pieds, la pente est implacable, et chaque pas semble n’en valoir qu’un demi.

C’était la partie la plus raide et la plus technique de toute la randonnée. En bas de cette section se trouve la station glaciaire Sonn Alpin, où les touristes arrivent par le chemin de fer à crémaillère de la Zugspitze et prennent le Gletscherbahn jusqu’au sommet. Le contraste était saisissant — des gens en baskets et en jeans descendant d’un téléphérique, tandis que nous peinions à monter pas après pas.

La dernière poussée vers le sommet a pris environ une heure, plus que prévu. La fatigue commençait à se faire sentir, et le terrain exigeait de la concentration à chaque pas.
Le sommet
Et puis, peu après midi, nous y étions. Le toit de l’Allemagne. 🏔️

On a trouvé un coin pour s’asseoir, déjeuné, et laissé nos jambes récupérer. La vue depuis le sommet s’étend sur quatre pays — l’Allemagne, l’Autriche, l’Italie et la Suisse — et par temps clair, le panorama est à couper le souffle.


Après avoir repris des forces, nous nous sommes dirigés vers le Gipfelkreuz, la croix dorée qui marque le vrai point culminant à 2 962 mètres. Y accéder implique quelques escaliers, un court passage exposé, et encore des marches taillées dans la roche. Mais l’obstacle principal, c’était la file d’attente — une longue queue de touristes, beaucoup venus en téléphérique, attendant tous d’atteindre la croix pour une photo. Pleine saison, juste après midi. On a attendu environ 30 minutes, avançant de quelques pas à la fois. Après avoir marché depuis Garmisch, pas question de faire l’impasse sur le vrai sommet.
Le long retour
Le sommet coché, nous n’étions qu’à la moitié de la journée. L’intégralité du chemin retour — chaque mètre — nous attendait sur le même sentier qu’à l’aller.

Plus de 2 000 mètres de descente d’une traite. Les genoux le sentent vite. On a refait le chemin inverse : le pierrier, le Zugspitzplatt, la Knorrhütte. Le soleil commençait à décliner lui aussi, mais les longues journées de fin août nous laissaient encore beaucoup de lumière.

À la Reintalangerhütte, on s’est arrêtés pour remplir nos gourdes. En attendant notre tour au robinet, on a discuté avec un groupe de randonneuses. Elles nous ont demandé d’où on venait, et on leur a dit qu’on revenait du sommet. « Vous avez mis combien de jours ? » a demandé l’une d’elles. « On est partis ce matin, » j’ai répondu. « On redescend ce soir. » Elles nous ont regardés comme si on venait d’une autre planète. 👽
Apparemment, la plupart des gens font la voie du Reintal en deux jours, avec une nuit dans l’un des refuges. Beaucoup prennent le téléphérique pour redescendre depuis le sommet. Faire le tout à pied en une journée n’est, semble-t-il, pas l’approche standard. Leur incrédulité nous a bien fait rire et donné un petit coup de boost pour la dernière ligne droite.
La partie ennuyeuse
Et puis est venue la partie dont personne ne parle : les 15 derniers kilomètres et plus, à descendre lentement à travers la basse vallée. Un sentier large, plat, interminable. Personne, aucun point de repère, rien qui se passe. Marcher pour marcher. C’est le genre de section où les ampoules apparaissent et où la motivation s’effrite, mais nos pieds ont miraculeusement tenu bon.

Quand on a enfin atteint l’autre extrémité des gorges, on espérait que la Partnachklamm serait encore ouverte pour le retour — ça nous aurait évité le détour. Pas de chance. Les grilles étaient fermées, les clôtures infranchissables. Retour par la crête, à grimper les mêmes 100 mètres une dernière fois avec des jambes qui n’avaient plus rien à donner.
Un court bout de route, et nous voilà à l’arrêt de bus. Vers 20 h 40, on a pris le bus retour vers le centre de Garmisch-Partenkirchen.
Les chiffres
Quand on regarde le profil altimétrique et qu’on voit que Garmisch est à environ 700 mètres et le sommet à 2 962, on pourrait croire que le dénivelé est simplement la différence entre les deux. Mais les détours de la Partnachklamm — deux fois — et les ondulations du sentier s’additionnent vite. Au final, nous avons cumulé près de 2 700 mètres de dénivelé positif sur 44 kilomètres, avec un peu plus de 11 heures de marche effective.
Les pieds ? Étonnamment intacts. Pas d’ampoules, malgré les sections monotones du bas de la vallée où elles ont tendance à apparaître. Est-ce que je le referais ? Sans hésiter. 💪 Il y a quelque chose d’absurdement satisfaisant à atteindre le point culminant d’un pays entièrement par ses propres moyens, avec rien de plus que de bonnes chaussures, une condition physique correcte, et une bonne dose de détermination.
Pour ceux qui envisagent le même défi, il est bon de savoir que certains font une partie du trajet en VTT dans la basse vallée — on en a croisé quelques-uns sur le sentier — avant de continuer à pied pour la partie haute. C’est un bon moyen de supprimer les kilomètres plats et moins intéressants tout en gardant l’expérience alpine complète à pied. Dans tous les cas, partez tôt, emportez suffisamment d’eau, et préparez-vous à une très longue journée.