Grenoble – Guillestre – Grenoble : deux jours à travers les Alpes du Sud
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En juin 2025, je souhaitais pour la première fois faire une sortie vélo sur plusieurs jours, avec des sacoches et des affaires. Jusque-là, je n’avais fait que des sorties à la journée — je rentrais toujours à la maison pour me reposer, me changer, récupérer. Mais j’avais le projet, quelques semaines plus tard, de faire la Route des Grandes Alpes à vélo, ce qui nécessitait d’être autonome sur plusieurs jours. Je me suis dit : pourquoi ne pas tester ça sur un week-end ? La météo était plutôt bonne en ce mois de juin, le planning le permettait — c’était l’occasion idéale.
En regardant la carte au départ de Grenoble, partir en direction d’Embrun et Guillestre s’imposait : une sorte de tour des Écrins en deux jours, avec des distances et des dénivelés assez proches de ce que seraient les étapes de la Route des Grandes Alpes. Pas donné à tout le monde, mais c’était justement le but — se mettre dans des conditions réalistes pour sentir ce que ça fait de rouler chargé en montagne.
Jour 1
Grenoble → Guillestre
170,9 km | 2 912 m D+ | 2 155 m D- | Max 1 272 m
Je me réveille tôt le samedi matin et je pars direction sud. J’avais préparé la trace minutieusement auparavant — des routes moins fréquentées, plus agréables à vélo, avec des ravitaillements en eau prévus. Le début de la journée suit des routes que je connais déjà, jusqu’à La Mure. À partir de là, c’est de la découverte totale — en tout cas à vélo.
Il y a quelque chose de vraiment agréable à partir comme ça : juste son vélo, quelques affaires, du beau temps, et une belle journée devant soi. Rouler à vélo, c’est plus lent, et ça permet de s’arrêter où on veut, d’apprécier les paysages, de sentir les distances et les dénivelés d’une façon qu’on ne ressent jamais en voiture.



Après La Mure, j’avais prévu de passer par une petite route en lacets quelques kilomètres plus bas. Malheureusement, la route était barrée. C’est le genre de chose qui arrive assez souvent : travaux, éboulements, coulées de boue, événement local. On prépare un itinéraire chez soi et une fois sur place, la réalité en décide autrement. Je m’arrête, je regarde la carte, je trouve un détour acceptable, et je laisse le GPS recalculer la suite.

Le profil de la journée, c’est une forte montée au début pour arriver sur le plateau du Trièves, puis une succession de petites montées et descentes jusqu’à l’arrivée — sachant que le point d’arrivée est bien plus haut en altitude que le point de départ. Je m’arrête pour déjeuner un peu avant Corps, juste en dessous du Dévoluy. Un bon endroit pour recharger avant la longue portion qui suit.


Il y a quelques passages sur la Route Napoléon, mais comme j’avais anticipé lors de la préparation, j’avais pu choisir des routes un peu moins passantes — la N85 est quand même assez fréquentée, et ce n’est pas l’idéal sur un vélo chargé. À un moment, je passe devant un panneau qui indique le Col du Noyer. C’est tentant — un col assez connu dans le coin — mais ce sera pour une prochaine fois. Direction le sud.


Après le lac, la route passe dans les Hautes-Alpes et grimpe vers Gap à travers un terrain vallonné et ouvert. Les vallées s’élargissent, l’air semble plus sec, et la route traverse des plateaux exposés avec de longues vues dans toutes les directions.

J’arrive au Lac de Serre-Ponçon dans l’après-midi, et ça fait plaisir de le revoir. J’y étais déjà venu enfant, et plus récemment pour une randonnée dans le Queyras. Mais le traverser à vélo, avec l’étendue d’eau de chaque côté du pont — c’est autre chose. Le lac est d’un bleu impossible, la silhouette massive du Grand Morgon ancrant la rive opposée. Le genre de tronçon où on regarde de côté en oubliant de pédaler.


Je ne passe pas par Embrun directement — la vieille ville est perchée sur son éperon rocheux au-dessus de la Durance, et je n’avais pas besoin de la montée supplémentaire. Je prends des routes secondaires juste en dessous, qui rejoignent la route en corniche vers Guillestre : les Balcons de la Durance. Un beau tronçon — belle vue sur la vallée, très peu de circulation, exactement le genre de roulage qu’on espère en fin de longue journée.

J’arrive à Guillestre en fin d’après-midi — 171 kilomètres, près de 3 000 mètres de dénivelé, les jambes fatiguées mais qui tournent encore. Le vrai test attend demain : le Col d’Izoard.
Jour 2
Guillestre → Grenoble
170,2 km | 2 688 m D+ | 3 461 m D- | Col d’Izoard (2 360 m) + Col du Lautaret (2 058 m)
Je repars de Guillestre tôt le matin. Encore une belle journée annoncée, et cette fois l’entrée dans le vif du sujet est immédiate. Depuis Guillestre, on est vraiment aux portes du parc du Queyras, et les premiers kilomètres s’engouffrent dans la Combe du Queyras — une gorge étroite où la route se faufile à travers des tunnels percés dans la roche et passe entre des parois vertigineuses qui masquent le ciel.
Je croise un groupe de cyclistes au début. J’ai d’abord cru que je m’étais retrouvé au milieu d’une course, mais en fait c’était un défi d’un club local — un certain nombre de kilomètres et de dénivelé à faire sur une semaine. C’était sympa d’avoir de la compagnie en ce début de journée, et j’essaie de leur tenir la roue sur le léger faux plat montant, ce qui aide à se mettre dans le rythme.


Col d’Izoard — 2 360 m
J’arrive à l’intersection avant Château-Queyras, et le panneau officiel du Tour de France annonce la couleur : 14,1 km à 7,3 % de moyenne. Pas d’ambiguïté sur ce qui attend.

Il fait vraiment chaud ce week-end, et c’est bien d’avoir pu partir tôt pour un col aussi exposé. C’est la première fois que je fais l’Izoard, et c’est tout ce que j’espérais. Peu de voitures, une montée régulière à travers la forêt sur les pentes basses, l’air qui s’amincit sensiblement avec l’altitude.
Puis, près du sommet, la forêt cède brutalement la place à la Casse Déserte — une étendue surréaliste de cheminées d’érosion et de pierriers. Plus d’arbres, plus de végétation, juste le vent et la pierre. Il y a même une légère redescente avant le final, qui ne fait qu’accentuer l’ambiance lunaire de l’endroit. C’est unique dans les Alpes.


Je sens que les sacoches sur le vélo demandent quand même un effort supplémentaire — peut-être quatre ou cinq kilos au total, mais dans des pentes à 9 ou 10 %, le développement que j’avais était juste juste. Un peu plus pentu et il aurait fallu appuyer beaucoup plus sur les pédales pour maintenir la même vitesse. Bon à savoir pour la Route des Grandes Alpes : il faut adapter le développement en fonction de la charge, pas seulement du pourcentage.
Au sommet, je m’arrête et je discute avec quelques personnes, notamment des Grenoblois venus faire la montée à la journée — ils avaient garé la voiture à Briançon et montaient à vélo avant de repartir. Quand je leur dis que moi, je repars à Grenoble à vélo, on rigole bien de la différence d’approche. Le même col, mais deux façons très différentes de le vivre.


La descente vers Briançon est rapide et fluide — de longs virages en lacets, plus de mille mètres d’altitude perdus en une poignée de kilomètres. Je m’arrête à Briançon pour une vraie pause avant le prochain col.
Col du Lautaret — 2 058 m
Je savais que le Lautaret serait un effort d’un autre genre — plus long, moins pentu, et honnêtement un peu moins passionnant. La route est plus fréquentée que l’Izoard, et les pourcentages plus faibles font qu’on met plus de temps à avaler chaque mètre de dénivelé. Pas désagréable, mais après l’intensité de la matinée, ça ressemble davantage à un long effort régulier.

Au sommet, je retrouve un terrain connu — j’étais passé par là lors de mon défi du Galibier depuis Grenoble. À partir du Lautaret, je savais exactement ce qui m’attendait : la longue descente par la Romanche, puis le faux plat jusqu’à Grenoble. Un café et une crêpe au sommet, et c’est reparti.

La descente — La Grave, la Romanche et le retour
Il y a un côté satisfaisant à se dire qu’au Lautaret, l’effort est quasiment fini — mais il faut quand même tenir jusqu’au bout. La route descend vite, et en quelques minutes la face nord de La Meije remplit le champ de vision : glaciers suspendus, séracs, impossiblement proches. Puis La Grave, blottie en contrebas — maisons de pierre et clocher roman, le genre d’endroit qui fait freiner même quand les jambes supplient de rentrer.


En contrebas de La Grave, la route longe le Lac du Chambon — eau glaciaire laiteuse coincée entre des parois abruptes. Le ciel commençait à se couvrir pour la première fois en deux jours.

Ensuite, c’est les villages : Bourg-d’Oisans, Vizille, et finalement la piste cyclable le long de la Romanche jusqu’à Grenoble. Les 40 derniers kilomètres sont plats et rapides, les jambes en pilote automatique. Il y a un passage un peu moins agréable entre Rochetaillée et Vizille, mais ensuite la piste cyclable reprend pour la dernière ligne droite jusqu’au centre-ville.

Les chiffres
| Jour 1 | Jour 2 | Total | |
|---|---|---|---|
| Distance | 170,9 km | 170,2 km | 341,1 km |
| Dénivelé positif | 2 912 m | 2 688 m | 5 600 m |
| Dénivelé négatif | 2 155 m | 3 461 m | 5 616 m |
| Altitude max | 1 272 m | 2 360 m | 2 360 m |
Deux jours, deux sorties très différentes. Le premier jour était un long parcours vallonné à travers les Alpes du Sud — pas de grande ascension unique, mais une accumulation implacable de dénivelé à travers cols, vallées et routes au bord des lacs. Le deuxième jour était consacré aux cols : l’Izoard avec sa Casse Déserte, le Lautaret avec ses vues sur La Meije, et une longue descente pour finir.
C’était mon premier vrai test avec un vélo chargé, et ça a confirmé ce que j’espérais : qu’il est tout à fait possible de partir de chez soi avec juste son vélo et quelques sacoches et de couvrir du terrain sérieux en montagne. Le poids supplémentaire change le pédalage — on le sent à chaque montée — mais la liberté de ne dépendre ni d’une voiture ni d’un transfert, ça vaut le coup. C’était aussi la répétition générale idéale pour la Route des Grandes Alpes quelques semaines plus tard, avec une idée réaliste de ce que seraient les étapes chargées en termes de distance, de dénivelé et de fatigue.
La boucle est un circuit naturel à travers certains des paysages les plus variés des Alpes françaises — champs de blé, lacs turquoise, gorges percées à l’explosif, paysages lunaires, glaciers. Chaque section apporte du neuf, et tout commence et se termine au pas de la porte. J’espère que ce récit donne une idée de ce qui est possible depuis Grenoble avec deux jours et un vélo chargé — et peut-être la motivation de planifier sa propre boucle, où que vous soyez. Parfois il en faut peu pour se lancer.